• Tuax

    Un mystérieux inconnu demande à Elvie d'être son guide...

    Tuax

    Bonjour à tous !

    Ce Bout d'histoire est un peu plus long que les derniers. J'espère qu'il va vous plaire tout autant !

     

    Il entra dans l'auberge en faisant claquer la porte. Tous les clients de l'auberge se tournèrent vers lui avec un mouvement de sursaut.

    Son entrée aurait pu être encore plus fracassante si l'orage avait décidé d'éclater à ce moment-là. Mais il faisait encore beau dehors.

    Toutefois, son aura sombre accentuée par sa capuche baissée qui cachait entièrement son visage obligeait les clients à garder leur regard un peu trop longtemps sur sa personne. Il amenait un air glacial à l’habitacle bien chaud où le feu de cheminer crépitait.

    L'homme se décida enfin à bouger et alla s'asseoir dans une petite table ronde au fond de la pièce. Tout le monde se désintéressa aussitôt de lui dès qu'il découvrit son visage.

    Il était plutôt banal. Pas spécialement beau, ni mauvais. Aucune cicatrice affreuse pour faire peur. La seule chose qui le démarquait à présent des autres clients étaient ses habilles richement décorés. Mais ce n'était pas le premier enfant de riche à venir se perdre là où il ne fallait pas.

    Elvie retint son rire en le voyant débarquer. Encore un qui voulait se montrer en spectacle.

    Elle se dirigea lentement vers lui. Son pied l'empêchait de marcher normalement, c'est quelque chose qu'elle commençait à oublier car les clients étaient des habitués et ils ne le remarquaient plus. Cependant l'homme eut ce regard bien trop insistant sur son pied en métal qui faisait bien trop de bruit. 

    Pendant une seconde, Elvie voulut se terrer sous terre. Elle secoua la tête et se repris. Ce n'était pas lui qui allait la rabaisser juste en la regardant ! Elle releva la tête et avança jusqu'à lui sans le lâcher des yeux en gardant son plateau bien droit posé sur sa main gauche. Elle essayait de marcher comme si son pied n'avait pas été remplacé, ce qui la faisait sautiller et devait lui donner un air ridicule, mais Elvie s'en fichait.

    - Qu'est-ce que je vous serre ? demanda-t-il une fois à son niveau.

    Il la détailla un instant avant de répondre :

    - On m'a dit que je pourrai trouver un guide...

    - Désolée, on ne fait pas ça ici. Vous êtes entré, vous mangez ce qu'on vous sert, rien de plus rien de moins.

    Quelqu'un lui attrapa doucement le coude et elle sursauta faisant presque tomber son plateau.

    - El, fit son grand-père, va préparer un plat du jour pour ce jeune homme, je m'occupe du reste.

    Elvie fronça les lèvres avant de se diriger d'un pas décider vers la cuisine.

    - Grand-mère, un plat du jour, cria-t-elle en passant la tête à travers la porte.

    Puis elle se retourna pour pouvoir toiser l'inconnu de loin. Elvie croisa les bras sous sa poitrine en essayant de deviner ce qu'il pouvait dire à son grand-père.

    Mais en vérité, elle savait très bien ce qu'il demandait. Il avait parlé d'un guide, mais il allait peut-être déchanter en apprenant que c'était elle dont il avait besoin. Et Elvie avait toujours accepté de le faire, elle avait juste besoin qu'on y mette de la forme... et un bon prix. Et elle laissait cette dernière partie à son grand-père, bien plus patient et négociateur qu'elle.

    Sa grand-mère l'appela pour lui donner une assiette remplie d'un bout de poulet et de purée - le plat du jour. Elle l'amena à l'homme. Sur le chemin, elle croisa son grand-père qui lui fit un signe de tête pour lui dire que le marché avait été conclus.

    Elle déposa l'assiette sur la table et l'homme regarda son contenu avec dégoût. Et bien qu'elle savait que ce n'était pas le plat que sa grand-mère réussissait le mieux, elle ne pouvait pas faire autrement que de rajouter un point contre l'inconnu qui n'osait même pas goûter alors que tous les clients autour de lui manger avec appétit.

    - Quand est-ce que vous voulez partir ?

    - C'est toi le guide ?

    - Pourquoi, ça vous étonne ?

    - C'est à dire que...

    Il jeta un nouveau coup d’œil à son pied.

    - Ça n'a pas l'air d'être très pratique avec ça.

    - Je vous remercie de votre sollicitude, mais vous n'êtes pas le premier idiot que je guide. Donc occupez-vous de votre santé et je m'occuperai de moi. Je répète ma question, à quelle heure partons-nous ?

    - Dès que possible.

    Elvie sourit pour la première fois depuis que l'homme était entré dans l'auberge. Elle détacha son tablier et le posa sur la table en déclarant.

    - Alors allons-y !

    Pour une fois qu'elle pouvait quitter son boulot de serveuse plus tôt, elle n'allait pas se plaindre.

    Elle sortit de l'auberge sans attende de voir si l'homme la suivait. Elle s'arrêta juste à l'entrer et tourna la tête vers le ciel. Le Soleil brillait et elle ferma les yeux pour en profiter.

    Elvie prit une grande inspiration et murmura :

    - C'est repartie !

    *

    Ça faisait quelques heures qu'ils s'étaient enfoncés dans la montagne. Leur ascension restait silencieuse : ils n'avaient pas parlé depuis qu'ils s'étaient mis en route.

    L'homme avait pensé que son handicape au pied la ralentirait, mais au final c'était lui qui était à la traîne. Après tout elle connaissait bien mieux ces montagnes que lui.

    - Au fait... tu ne m’as pas dit... ton prénom, dit-il sur un ton saccade pour reprendre son souffle.

    - C'est Elvie, et vous ?

    - Josephus Delavander.

    - Evidemment, marmonna-t-elle pour elle-même. C'est un peu trop pompeux, je vais vous appeler Joseph.

    - Je préférerai que tu ne le fasses pas, contredit-il aussitôt.

    Elvie souleva les sourcils.

    - OK, monsieur Josephus.

    - Ça fait combien de temps que tu fais guide ici ? continua-t-il.

    - Pourquoi est-ce que vous êtes aussi curieux ?

    - On va passer quelques heures ensemble, je pensais que ce serait plus agréable si nous apprenions à nous connaitre...

    - Vous vous trompez.

    Ce qui lui ferma son clapet. Toutefois, elle reprit :

    - Qu'est-ce que vous pensez que vous trouverez là-bas ? Il y a tellement d'explorateur qui y sont déjà allés. Vous pensez qu'il y aura encore quelque chose pour vous ?

    Josephus hésita à lui répondre. Puis il se rappela qu'elle serait son guide, elle verrait bien ce qu'il récupérerait de là-bas.

    - Je ne suis pas venu chercher le Tuax comme les autres, il y a une gemme là-bas qui m’intéresse tout particulièrement.

    Le Tuax était le matériau qui permettait de rendre les prothèses en fer que portait Elvie au pied plus confortable et flexible. Le Tuax avait été créé dans l'école où Elvie les emmenait.

    Il a quelques mois un accident était arrivé tuant toutes les personnes sur place. Lorsqu'un explorateur avait découvert ce qui s'y cachait, des centaines d'autres étaient venus.

    Ce qui étaient bien avec le Tuax, c'est qu'on avait besoin que de petite quantité pour faire beaucoup prothèses et les explorateurs repartaient dès qu'ils avaient trouvé juste une poignée. Cependant, les chercheurs qui l'avaient inventé n'en avait fait qu'un nombre limité et ils étaient tous mort lors de l'explosion, emportant toutes leurs recherches avec eux. Le Tuax devenait de plus en plus rare et de plus en plus cher.

    Elvie n'avait jamais pu s’offrir une de ses prothèses, et même si elle essayait de ne pas le montrer, ça lui faisait atrocement mal à chaque pas qu'elle faisait. 

    - Et que fait cette gemme de spéciale ?

    Encore une fois il hésita.

    - Je ne suis pas sûr de pouvoir te le dire.

    Elvie haussa les épaules. Ça ne l’intéressait pas vraiment de toute façon. 

    Enfin, les contours de l'école apparaissaient devant. Cependant un grand grillage l’entourait et Josephus ne voyait pas comment il pourrait le traverser.

    - Suis moi, il y a un passage par là-bas.

    Ils longèrent la grille sur quelques mètres. Elvie s'arrêta devant une partie où le sol sous la grille était plus enfoncé et laissait un passage mince pour passer de l'autre côté.

    Elvie passa la première. Elle du ramper et se tordre sous les pointes piquantes en fer. Evidemment, elle se faisait à chaque fois érafler, soit aux mains, soit aux bras, soit aux chevilles. C'était d'ailleurs à cet endroit-là que les personnes qu'elle emmener avec elle se faisait le plus mal : c'était la dernière étape, ils pensaient avoir réussi à passer, mais il restait juste les pieds et ils se blessaient.

    Josephus ne fit pas exception, bien qu'Elvie l'ai mis en garde. Et puis, il fallait dire qu'il n'était pas aussi menu qu'elle et le passage avait dû être plus compliqué.

    Toutefois, cette fois ce fut différent. Lorsque Josephus s’érafla les chevilles Elvie vit un éclat d’argent auquel elle ne s'attendait pas.

    - Qu'est-ce que c'est ?

    Josephus se releva. Et commença à marcher dans une direction comme s'il savait où il allait.

    - Josephus ! Ne partez pas aussi vite ! Expliquez-vous !

    - Elvie, il n'y a rien à expliquer. Tu as vu ce que tu as vu.

    Il allait de plus en plus vite et Elvie devait sautiller derrière lui pour essayer de le rattraper.

    - Pourquoi vous m'avez regardée comme cela tout à l'heure alors que vous avez le même problème que moi ?

    Josephus s'arrêta brusquement et se tourna vers elle.

    - Comment je t'ai regardé tout à l'heure ? demanda-t-il l'air vraiment confus.

    Elvie ne s'attendait pas à ce que sa demande soit aussi sincère. Les yeux de Josephus étaient remplis d'empathie et Elvie fut prise au dépourvu sans pouvoir répondre au début.

     - Vous... Vous me regardiez comme si j'étais une moins que rien qui ne pouvait même pas marcher... Alors que vous êtes dans un pire état que le mien !

    - Je ne t'ai jamais regardée comme cela ! J'avais pitié de toi parce que justement je suis dans le même état, mais que personne ne le remarque parce que j'ai de meilleures prothèses que toi.

    - Je n'ai pas besoin de votre pitié ! Je n'ai pas besoin de votre argent et je n'ai pas besoin de vous non plus !

    Elvie se retourna pour se diriger vers la brèche d'où ils venaient.

    Josephus lui attrapa le poignet.

    - Elvie, attends ! Je ne peux pas rentrer tout seul !

    - J'espère que vous avez retenu le chemin dans ce cas.

    Elle secoua son bras pour qu'il lâche sa prise. Sans succès.

    - Je suis désolé, Elvie. Je ne voulais t'offenser en aucune façon. 

    Elvie eut un rire jaune en pensant qu'il essayait de se rattraper pour ne pas pour qu'elle le laisse seule. Toutefois, il lâcha son poignet et déclara :

    - Tu peux partir si tu veux, je ne te retiendrais pas.

    Il continua alors son chemin, Elvie le regarda s'éloigner sans bouger. Les lueurs argent du Tuax au niveau de ses chevilles brillaient à chaque pas. 

    Et elle réalisa qu'il n'y arriverait pas, il ne connaissait pas l'école, il ne connaissait pas la montagne.

    Elle n'avait pas besoin de lui, mais il avait besoin d'elle.

    Elle soupira.

    Elle faisait ça par solidarité, voilà. Entre personnes qui portaient des prothèses.

    Pas du tout parce qu'elle avait de la peine pour lui. Ou parce que ses excuses lui avaient vraiment fait de l'effet.

    Non non, elle faisait juste cela pour que les prothèses en Tuax reviennent saines et sauves à la maison.

     

    J'ai eu l'idée dans un rêve, je voyait très bien les deux chevilles de Josephus en argent et Elvie qui comprenait que c'était plus compliqué que ce qu'elle croyait.

     

    A bientôt !

    G.

    « OdeurLe Pont »
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